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Marie Moroté

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© 2020 Marie Moroté

Cette série présente la préparation de deux drag-queens dans le quartier de Belleville avant leur représentation. Je ne connaissais pas encore Alex (Miss Manly B, cf. photo n°12). Un ami à moi qui l’habille m’a invité à venir prendre un verre chez lui lors de sa préparation avec Yann (La Grande Dame, cf. n°11). J’ai toujours mon appareil au cas où et c’est avec fascination que j’ai commencé à documenter ce moment. Ce qui m’a intéressé dans ces prises de vues est la capture de cette transformation d’hommes à créatures sorties de leur imaginaire. Elles deviennent alors pour chacun d’eux une identité forte et singulière.

Alex est née au Brésil, il a 35 ans et vit en France depuis 9 ans. Il m’explique que Miss Manly B est une évidente fusion entre culture, sexe, genre, beauté et folie. Il ajoute qu’elle en a des “grosses et un utérus qui n’est pas fertil” ce qui lui permet d’avoir un impressionnant mixe de talents : physique, acrobatique et chorégraphique. Elle a aussi un oeil pour la mode troublant qui lui permet de mettre la maison, le pays, voir le Monde sens dessus dessous. Le “B” de Manly B signifie à la fois : Baffling (déroutant), Blended (mélangée), Butch (viril), Beautiful (beau/belle), Brave (courageux). Il finit son explication par: “Sorry if I eat you”

Yann est un étudiant de 19 ans. Il a commencé à faire du Drag à Nice, il y a un an et demi maintenant. Il m’explique que le nom de La Grande Dame fait référence à sa taille, c’est ce dont les gens se souviennent de lui de premier abord. Il la voit comme la version plus esthétique de lui, la version plus sexuellement chargée. Visuellement attirante, impressionnante, intimidante. C’est son costume de super héro. Il aime voir son personnage comme une femme très élégante, raffinée et de bon goût. Parfois provocatrice, occasionnellement vulgaire mais toujours voulu quand c’est le cas. Il n'essaie pas de ressembler au maximum à une femme, mais plutôt au plus beau dessin de femme possible. Il voit son makeup de façon très scientifique, mathématique. Il me confie que le maquillage est vraiment la partie qu’il préfère car il se sent comme un chirurgien lorsqu’il se maquille. Pour lui ce ne sont que des calculs de profondeurs, de contrastes et de lumière et ce n’est qu’à la fin, pour les “finishing touch”, qu’il laisse place à l’artiste.

Lors de cette séance ils échangent beaucoup sur leur savoir-faire respectif et se conseillent l’un et l’autre (cf. n°1). Leur préparation prend des heures et sont très techniques. Lorsque je les observe je vois plus qu’une simple accumulation de matière sur leur visage: lors de chacun de leur geste ils se regardent avec un regard profond (cf. n°6) et là je sens que cette transformation n’est pas simplement physique mais que c’est un vrai processus mental. Désormais je les comprend comme étant des possibilités corporelles et figuratives qui formulent l’aboutissement final d’une évolution, aboutissement où la personne se reconnaît apparemment comme -dividu, comme divisible.
C’est alors que je découvre deux facettes distinctes que j’ai tenue à immortaliser. L’une est très esthétique, très recherchée pour que les regards se tournent sur leur passage (cf. n°13). L’autre est très personnelle, ils ne font pas ça que pour être vus mais aussi et surtout pour eux. C’est pour mettre en lumière cette dualité que j’ai alterné couleur et noir et blanc. Les clichés en couleur soulignent leur impressionnant travail de maquillage tandis que ceux en noir et blanc révèlent les humains qu’ils sont.